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Psychologie · 5 min de lecture

Indécision chronique : fixer un temps d'enquête selon l'enjeu

L'indécision chronique peut venir, entre autres, de la recherche du meilleur choix possible. Notre proposition : donner à chaque décision un temps d'enquête proportionné à son enjeu, avec un exercice de neuf minutes à essayer ce soir.

Une personne de dos dans une cuisine, la main levée vers une étagère de bocaux, dans la lumière dorée du soir qui entre par la fenêtre

Quand l'indécision chronique s'installe, choisir un restaurant demande presque autant d'énergie qu'une décision importante : vous comparez, vous relisez les avis, vous fermez l'onglet, puis vous le rouvrez dix minutes plus tard. Il arrive qu'on ne sache plus, à la fin, ce qu'on voulait au départ.

Indécision chronique : de quoi parle-t-on

Deux psychologues américains spécialistes de l'anxiété, Martin Seif et Sally Winston, la décrivent dans un article de Psychology Today publié en mai 2021. Selon eux, il s'agit d'une habitude d'éviter de décider, qui se manifeste aussi bien sur les petits choix que sur les grands.

Parmi les formes qu'ils décrivent, on trouve la recherche du meilleur choix, l'attente de se sentir certain et la crainte de rater quelque chose. Ils relient cette habitude à l'anxiété d'anticipation. Ils notent aussi qu'on oublie souvent ce que coûte l'absence de choix, comme une occasion manquée, alors que le regret d'avoir mal choisi paraît plus lourd. Selon eux, c'est un comportement qui peut évoluer. L'article ne propose pas d'exercice.

Les signes de l'indécision chronique au quotidien

Dans la vie de tous les jours, cela peut ressembler à ceci :

  • relire les avis sans fin avant un achat de quelques euros ;
  • repousser un choix minime, comme un rendez-vous à fixer ;
  • demander l'avis de plusieurs personnes, puis douter de chacun ;
  • rouvrir une décision déjà prise, parfois plusieurs fois dans la soirée.

Un seul de ces signes ne prouve rien : c'est leur retour qui compte.

Chercher le meilleur : ce que montre l'étude de Schwartz

En 2002, le psychologue Barry Schwartz et ses collègues ont publié dans le Journal of Personality and Social Psychology une série de quatre études sur deux façons de choisir. Les « maximiseurs » cherchent la meilleure option possible. Les « satisfaits » s'arrêtent à une option qui convient.

Dans sept échantillons, plus on cherchait à maximiser, moins on déclarait de bonheur, d'optimisme, d'estime de soi et de satisfaction de vie. On obtenait aussi des scores plus élevés de perfectionnisme, de regret et de dépression sur les échelles utilisées. Les maximiseurs se montraient moins contents de leurs décisions d'achat et se comparaient plus aux autres.

Ces résultats montrent des liens, pas une cause : l'étude ne dit pas que chercher le meilleur rend malheureux. Le résumé que nous avons lu ne précise pas qui composait les échantillons. Viser le mieux va souvent de pair avec moins de satisfaction, et cela suffit pour regarder sa manière de choisir.

Trop d'options : le constat est plus nuancé qu'on le dit

On répète souvent que trop de choix paralyse. Une synthèse de 2010 dans le Journal of Consumer Research (Scheibehenne, Greifeneder et Todd) a réuni 50 expériences, soit 63 situations et 5 036 participants. L'effet moyen est proche de zéro, avec de grandes différences d'une étude à l'autre. Les auteurs n'ont pas trouvé de condition qui provoque à coup sûr cette paralysie.

Un grand choix ne bloque donc pas systématiquement. Le nombre d'options n'explique donc pas tout.

L'exercice des neuf minutes : le temps d'enquête proportionné

Cet exercice est notre proposition, sans étude derrière. Il s'appuie sur l'idée de se contenter d'une option qui convient, et sur le constat de Seif et Winston que l'inaction a un coût. Prenez une décision qui vous occupe en ce moment (de préférence facile ou moyenne), une feuille et un minuteur.

  1. Pendant une minute, écrivez la décision en une phrase.
  2. Pendant deux minutes, notez si vous pourrez revenir en arrière, et à quel prix. Facile, comme changer de menu. Moyen, comme résilier un abonnement. Difficile, comme signer un bail.
  3. Pendant une minute, fixez le temps d'enquête selon ce prix : cinq minutes pour le facile, une soirée pour le moyen, quelques jours répartis pour le difficile. Écrivez-le sur la feuille.
  4. Pendant cinq minutes, enquêtez : comparez, lisez, demandez. Quand le minuteur sonne, arrêtez. Les neuf minutes valent pour un choix facile ; pour un choix moyen, reprenez les étapes 4 et 5 pendant la soirée.
  5. Écrivez l'option que vous prendriez si vous deviez répondre maintenant. Même provisoire, elle compte.

Un exemple : vous hésitez à changer de forfait téléphonique. C'est facile à défaire, donc cinq minutes d'enquête, et vous notez l'offre qui vous tente le plus quand le minuteur sonne. Vous regardez dans un mois si elle vous convient.

Pliez la feuille. Si le doute revient, relisez-la plutôt que de relancer la comparaison.

Choisir un logement ou un emploi : prendre quelques jours

Pour un choix difficile à défaire, laissez-vous quelques jours, mais gardez une date de fin. La méthode en dix minutes pour décider détaille comment poser vos critères. Si ce sont des scénarios noirs qui vous retiennent, l'exercice pour arrêter d'imaginer le pire peut précéder celui-ci. Pour apprendre à laisser de côté ce qui ne dépend pas de vous, lisez lâcher prise au quotidien.

Quand en parler à un professionnel

Hésiter est courant. Si l'indécision dure depuis des semaines, vous épuise, gêne votre travail ou vos relations, ou s'accompagne d'une anxiété envahissante, parlez-en à votre médecin traitant ou à un psychologue. Seul un professionnel peut dire d'où elle vient.

En cas de grande détresse ou de pensées suicidaires, le 3114, numéro national de prévention du suicide, répond jour et nuit, gratuitement.

Questions fréquentes

Pourquoi suis-je indécis même pour de petites choses ?

Selon Seif et Winston, l'indécision chronique touche les petits comme les grands choix. Elle peut venir de la recherche du meilleur choix, de l'attente d'une certitude ou de la peur de rater quelque chose.

Comment reconnaître une indécision chronique ?

Un seul signe ne suffit pas. C'est plutôt une habitude qui revient : comparer sans fin, repousser des choix minimes, rouvrir ce qui est décidé. Si elle vous pèse, parlez-en à un professionnel.

Trop de choix rend-il indécis ?

Pas toujours. Une synthèse de 50 expériences trouve un effet moyen proche de zéro, avec de grands écarts. Les auteurs ne trouvent pas de condition qui bloque à coup sûr.

L'indécision chronique est-elle de l'anxiété ?

Seif et Winston la relient à l'anxiété d'anticipation, sans que ce soit automatique. Seul un professionnel de santé peut poser un diagnostic.

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